2.10.06

Tarrano, dernier refuge des Cathares?...suite

Bonjour à tous,

Ce billet est la suite de celui du 30-09-2006.

LES GIOVANNALI - LES ORIGINES

Il est relativement aisé de comprendre les causes d'un soulèvement, il est beaucoup plus délicat d'en connaître les origines, surtout lorsque l'on évoque les Cathares avec tous les mystères qui les entourent.
Comme pour Les Causes, pour aborder Les Origines, je m'appuie principalement sur l'analyse d'Alexandre Grassi présentée lors de sa conférence de 1866 et commentée par l'historien contemporain Antoine Dominique Monti.

Nous avons vu précédemment que toutes les conditions étaient réunies pour inciter les populations à la révolte.

Il semblerait que les derniers des Albigeois (Cathares) soient à l'origine des Giovannali.

Sur la fin du 13ème siècle, les Cathares du midi de la France étaient poursuivis et traqués de toutes parts.Bon nombre se réfugièrent en Sicile, puis remontèrent l'Italie pour s'établir dans la Pouille.A nouveau chassés, ils séjournèrent en Lombardie, ensuite dans le Piémont et dans les gorges de Val de Rassa où ils furent pratiquement tous exterminés par les seigneurs voisins.
Les quelques survivants se réfugièrent en Sardaigne, pays où l'inquisition n'avait pas encore été établie.
De là, on peut imaginer que quelques uns de ces réfugiés s'établirent en Corse (vers 1340) qui, à l'époque, commerçait beaucoup avec la Sardaigne.
On le comprend d'autant mieux que le Roi d'Aragon déclara l'inquisition en Sardaigne peu de temps après, incitant les malheureux à se réfugier en Corse.

LES GIOVANNALI - LA NAISSANCE

Les Albigeois décidèrent-ils délibérément de se rendre en Corse pour répandre leur doctrine ou pour fuir l'inquisition? Il est difficile d'y répondre.
Ce qui est vraisemblable, c'est qu'ils apportèrent avec eux leurs convictions, sans pour antant appliquer à la lettre la doctrine Cathare.
Ils développèrent l'idée première, une vague idée de rénovation sociale, pratiquant en certains points les règles cathares comme le dualisme, pensée religieuse admettant et opposant le bien et le mal.
En faisant simple, on pourrait avancer que les Albigeois se réclamaient des enfants de Satan en opposition avec Dieu.
Comme on l'a vu précédemment, le moine (le représentant de Dieu), était l'allié du seigneur tyran.Le terrain était donc propice pour se révolter à la fois contre l'église et contre les seigneurs.
Au-delà de cette haîne, les Cathares amenèrent une nouvelle idée de la société.
Ils prônaient le partage des biens, des femmes, des enfants, tout devait être en commun.Ils avaient pour idéal un genre de vie très strict, tout entier tourné vers la pénitence, avec comme principales vertus, la pauvreté et la fraternité.
Compte tenu de l'ensemble de ces facteurs, on peut admettre qu'une partie du peuple trouva un grand réconfort auprès des Albigeois.
Ce cercle grandit donc très vite autour de la piève (territoire administratif réunissant communes et paroisses) de Carbini,village de l'Alta-Rocca au Sud de la Corse.
A sa tête, les frères Polu(le chef) et Arrigu d'Attala, fils bâtards de Guglielminuccio.

Concernant l'origine du nom Giovannali:

Il existe plusieurs hypothèses, j'évoquerai ici les principales.

1 : Giovannali pourrait venir de Joviniani qu'il faut traduire par adepte de Saint Jean l'évangéliste.Les Cathares avaient toujours sur eux l'Evangile de Saint Jean.

2 : Les Cathares de Carbini se réunissaient dans l'église Saint-Jean Baptiste.

3 : Iohanne Martini, vicaire du Ministre général en Corse, fonde en mai 1353 une congrégation à Carbini.En octobre 1353, le frère Ristoro, vicaire de cette congrégation, est excommunié ainsi que les hommes et les femmes qui en font partie.Il est possible qu'Iohanne Martini soit parallèlement devenu le prédicateur voire l'un des fondateurs du cercle et lui prêta son nom.

4 : Un grand nombre de Cathares de France adoptèrent la doctrine d'un réformateur né dans le mouvement même, le docteur Giovanni di Lugio,donnant son nom à la société.

LES GIOVANNALI - LA REVOLTE

Inévitablement la révolte éclata contre les seigneurs et ceux-ci furent repoussés dans le village de Lévie.Les Giovannali créèrent le village de Zevaco.

Devant ce soulèvement sans cesse grandissant, l'autorité de l'Eglise s'en trouva elle aussi amoindrie.Le pape Innocent VI décida d'anéantir les Giovannali, les déclara hérétiques, les excommunia et envoya contre eux une expédition.L'alliance du clergé et du seigneur détruisit entièrement Carbini.Les Giovannali se réfugièrent dans les montagnes recrutant dans leurs retraites de nouveaux adeptes.Ils remontèrent la chaîne de montagne séparant le sud du nord et s'installèrent dans la pieve d'Alésani en Castagniccia.
Pourquoi cette région? Un choix forcé par la situation ou une volonté délibérée? Difficile de le savoir.
On peut tout de même préciser que l'Alésani se prêtait parfaitement comme terre d'asile et ceci principalement pour des raisons sociales.
En effet, depuis l'occupation romaine, les villages de cette région s'auto -administraient sans aucune dépendance d'un quelconque tyran seigneur contrairement aux régions du sud.On conviendra que cette terre allait être appréciée de nos Giovannali.
De plus, la famine disparue, l'Alésani offrait avec la chataîgne de la nourriture en quantité suffisante.
Grâce à leur propre organisation, les Giovannali devinrent vite puissants.
A partir de là, nous entrons directement dans l'histoire de Tarrano.

Les Giovannali créèrent un "gagliardo presidio"(une tour), sur un immense rocher dominant le ruisseau de Pardina, peut-être au lieu-dit Torra, au confluent avec la rivière Busso.
Les ruines de ce vestige se nommeraient Le Ruscitello.
J'invite ici, tous ceux qui le souhaîtent, à situer ces ruines, si elles ont réellement existées.Il serait sympathique d'organiser une petite randonnée à la recherche de ces vestiges et même si l'on ne trouve rien, ce qui est fort probable, on aura passé une agréable journée à la recherche des Giovannali.
Pour appuyer la présence de cette société en Alésani, il y a l'histoire de ce moine de Bonicardo (hameau de Tarrano) qui a été tué par les Giovannali devenus pour certains les ennemis perpétuels de l'Eglise.
Rome, en béatifiant ce moine martyre, a authentifié la présence des Giovannali.

L'église craignant la propagation des idées cathares, jugées par elle dangereuses, le commissaire du pape fit appel à de nouvelles troupes composées en partie de Corses qui, après avoir acculé les Giovannali dans les gorges du Busso, massacrèrent la plupart d'entre eux (1359). Les autres furent pourchassés dans toute l'Ile et il était permis à tout Corse de les tuer comme des chiens malfaisants.Les quelques rescapés se réfugièrent dans les forêts et cavernes du canton de Talavo.
Cependant, l'hérésie prospéra en Corse pendant toute la seconde moitié du 14ème siècle.

Simultanément à la présence des Giovannali en Alésani, naissait à Alendo (village situé dans le Bozio à 2 heures de marche), l'une des plus grandes révolutions de l'histoire de la Corse avec, à sa tête, Sambucucciu élu par ses pairs à Morosaglia pour mener la révolte (1358).
Soutenu par Gênes, Sambucucciu mena la rébellion dans un premier temps contre les quelques seigneurs de sa région politique (crée en 1345) La Terre des Communs (le nord et une grande partie de l'est) en opposition à La Terre Des Seigneurs (le sud).
Dans la région La Terre des Communs, il y a très peu de seigneurs, contrairement au sud resté féodal.
On y vit en communautés villageoises, avec lois et magistrats, l'unité administrative étant la piève.

Compte tenu de leur proximité géographique, il semble inévitable que les mouvements des Giovannali et celui de Sambucucciu se soient rapprochés.
Et ceci, d'autant plus qu'ils avaient tous les deux comme principal adversaire le seigneur et comme objectif commun, une société plus juste, plus sociale, un peuple décideur.
On comprend mieux pourquoi les futures grandes révoltes populaires corses, ont débuté pour la plupart d'entre elles en Castagniccia.
Cette soif de justice, de liberté et de fraternité que l'on retrouvera dans le contenu de la première Constitution Corse (votée le 30 janvier 1735 à la Cunsolta d'Orezza, en Castagniccia), inspiratrice entre autres des Constitutions Américaine et Française.


Concernant le lieu où beaucoup se firent massacrer, j'ai souvent entendu dire qu'il s'agissait de la tour de Sorbello, hameau de Tarrano.
Je n'ai pas trouvé d'éléments confortants ces faits. Alors, si certains d'entre-vous ont des traces écrites et même si vous n'êtes pas sûrs de l'exactitude des propos, je suis preneur pour au moins tenter de les étudier.
On peut dire, que si les Giovannali se sont faits exterminer dans leur tour située au confluent de Pardina et de Busso, cela ne peut pas être à Sorbello.Pour y avoir effectué une ballade en août 2006, je peux préciser que les 2 lieux sont distants d'au moins 30mn de marche.
Par contre, la tour de Sorbello ayant réellement existée (tombée en ruine dans la seconde moitié du 20ème siècle), il est possible que le massacre s'y soit déroulé.
Le couvent d'Alésani est aussi cité comme dernier refuge des Giovannali.Si sa reconstruction en 1354 s'avère authentique, il serait important de trouver le lien avec les Giovannali.


Il y a donc de quoi faire.

Pace e salute

Philippe

1 commentaire:

un sudiste a dit…

au dessus de mon village Perelli, se trouve un lieu-dit "vinti morti" (je ne garantis pas l'orthographe...) d'aucuns sous-entendent que ce pourraient-être les derniers Cathares...je ne sais pas.Je suis un Santelli, mais ma mère née Jérômine Bernardini m'a dit être apparentée aux Réginensi de Tarrano.de par sa mère c'était une Luporsi de Petricaggio.
cordialement.F.SANTELLI.